Montage: Michel du Campiello .Fontaine vénitienne de Spili.

 

épargnée par les troubles du Bas-Empire et les invasions barbares, devient un « thème », c’est-à-dire une province de l’Empire romain d’Orient, avec de nouveau Gortyne comme capitale. Le nombre des cités diminue, tandis que les habitats se multiplient . 

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C’est à cette époque qu’ont dû naître la plupart des villages que l’on rencontre encore aujourd’hui, bâtis à proximité les uns des autres, dans toute la zone montagneuse ou semi-montagneuse de l’île, la plus fortement peuplée.

 

1204 : La quatrième croisade aboutit à la prise de Constantinople par les Francs. Lors du partage des territoires de l’Empire byzantin entre les croisés, Boniface de Montferrat est proclamé roi de Salonique et de Macédoine.  Les Vénitiens lui rachètent la Crète, dont il a alors hérité, pour 1 000 marcs d’argent et la cession de terres en Macédoine. 

ENRICO DANDOLO , avec trente et une galères, vient ainsi prendre possession de l’île, devenue la plaque tournante du nouvel empire vénitien. 

La Sérénissime organise alors la seule véritable puissance coloniale qu’ait connue le Moyen Âge, constituée essentiellement d’îles et de ports situés aux points stratégiques, constituant autant de moyens d’accès aux ports du Proche-Orient et de la mer Noire où s’entassent les richesses de l’Asie.

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(1204-1669)

L’intérêt stratégique de l’île, qui ferme l’Égée au sud, est primordial pour Venise, dont les marchands dominent le commerce des épices en Méditerranée orientale. Étape naturelle sur les grandes routes de la Romanie et de l’Égypte, la Crète, « noyau et force de l’empire », passe sous la tutelle directe de la Sérénissime et reçoit une organisation solide d’autant plus nécessaire que, pendant deux siècles, l’île fut pour ainsi dire en perpétuelle révolte. Le territoire est divisé en quatre ensembles (La Canée, Rethymno, Sitia et Candie), qu’administrent le duc et ses deux conseillers élus pour deux ans par le grand conseil de Venise, assistés de magistrats.

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Le capitaine général a, quant à lui, la charge de la sécurité. Maintien de l’ordre intérieur, défense extérieure et exploitation économique de l’empire : tels sont les mots d’ordre guidant l’action vénitienne dans la région. 

Le lion de Saint-Marc s’imprime bientôt sur les épaisses murailles des forteresses construites sur le pourtour de l’île (Héraklion, Iérapétra, Sitia, Rethymnon, Frangokastello…)

Une entreprise de fortification systématique des points stratégiques du littoral est en effet mise en œuvre, afin de pouvoir soutenir de longs sièges, tandis qu’une économie spéculative de type colonial voit le jour. 

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Frangocastello ( Castel Franco pour  les Vénitiens)

Les nouveaux maîtres développent essentiellement les cultures d’exportation (vin, canne à sucre, coton…), au détriment des cultures vivrières, laissant les Crétois dans un état de famine latente, une situation propre à décourager toute velléité de révolte. 

Les terres sont confisquées et divisées en trois ensembles : une partie appartient à la République, une autre à l’Église, la dernière (les casalia) revenant aux colons dont on encourage l’émigration. Elles sont cultivées par des paysans libres ou par des serfs attachés aux domaines. 

Le malaise économique et social, l’oppression fiscale expliquent la position précaire des nouveaux maîtres de l’île, qui nont jamais joui paisiblement de ce territoire acheté à prix d’or.

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XIIIe siècle : Dès leur arrivée, les Vénitiens renforcent le mur d’enceinte de La Canée, construit par les Byzantins (le Castello Vecchio).

Les travaux de fortification se poursuivent au cours du siècle suivant.

1211 : Le doge Pietro Ziani procède à un premier envoi de colons.

1234-1236 : Raids byzantins.

1263 : Les Génois, menés par le comte de Malte, Enrico Pescatore, s’emparent de La Canée, avec l’aide de la population locale. Ils s’y maintiennent jusqu’en 1285.

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XIIIe-XIVe siècles : Révoltes contre les impôts et les taxes (quatorze soulèvements entre 1207 et 1364, particulièrement entre 1270 et 1299 et entre 1361 et 1364), obligeant Venise à reconnaître aux archontes crétois des privilèges semblables à ceux de la noblesse vénitienne. La population citadine, qui bénéficie, à la longue, de la présence vénitienne, au détriment de l’ancien système féodal, était par exemple exempte des obligations qui pesaient sur les serfs (un tiers de la récolte de blé, corvées, entretien des chevaux, armement annuel de deux galères…).

 

Le lion ailé de St Marc, 

symbole de la République de Venise, surplombant la Crète.

L’aristocratie locale devient rapidement solidaire de la conquête et son meilleur appui, laissant le monopole de l’esprit de résistance aux paysans et aux simples bourgeois. Il faut dire que Venise avait fait en sorte de s’attirer la sympathie des notables hellènes, notamment en reconnaissant et en confirmant la propriété des fiefs donnés par l’Empereur byzantin à tous les descendants des patriciens romains. 

Néanmoins, à deux reprises, des magnats locaux, comme Alexis Callergis ou encore les membres du clan Vlasto, sont à l’origine des rébellions. Mais le plus souvent, les révoltes prennent un caractère social contre la noblesse indigène : durant les troubles de 1458-1463, un petit nombre seulement des archontes de second rang soutient le parti des insurgés, tandis qu’en 1563-1573, une partie de la noblesse indigène aide Venise à réprimer la révolte des paysans de Réthymno et de Sfakia.

 

1537 : La Canée est saccagée par le corsaire algérois Barberousse.Dès l'année suivante, Venise envoyait en Crète son meilleur ingénieur, pour fortifier la ville. 

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A Venise...

Palazzo  Corner Mocenigo

Palazzo Grimani (1556)

* Fort Sant'Andrea *
forteresse des îles de la lagune

 

 

Né  en 1484 ,  dans le bourg de San Michele, dans les environs de Verone.

Employé par le République  de Venise, il transforme les fortifications selon le nouveau système des bastions  dont il est l'un des inventeurs.  Il travaille notamment comme architecte militaire, renforçant les fortifications de la République en Crète et  à Venise même, où il construit un fort sur le Lido qui permet de contrôler l'entrée de la  lagune. Grâce à ses voyages en Crète et à Chypre, Sanmicheli est probablement le seul architecte italien de son époque à avoir une réelle connaissance de l'architecture grecque antique. Il est également l'un des pères de la  "trace italienne" 

 La TRACE ITALIENNE ou fortification bastionnée (en italien : Fortificazione alla moderna) est un style de fortification qui s'est développé en Europe lorsque l'artillerie  rendit caduque la  fortification médiévale

 

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1570 : Les Turcs débarquent à Chypre et assiègent Nicosie et Famagouste dont ils parviennent à s’emparer. La victoire de Lépante, remportée en octobre 1571 par la flotte chrétienne de Don Juan d’Autriche, et la réaction de la Sainte Ligue sauvent provisoirement la Crète.  

Lépante a été la dernière bataille navale impliquant des galères à rames.

 

 

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La bataille de Lepante vue par 

JOHANN BAPTIST  ENDERLE

1725 - 1798

http://www.theodor-frey.de/ulrichenderle.htm

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Bataille de Lepante. VERONESE

Fernando Bertelli.

"Dans  chaque camp, les combattants de Lépante se sont affrontés avec acharnement. Les étendards des deux flottes sont frappés de symboles à caractères religieux: croissant de l'Islam et versets du coran d'un côté, croix chrétienne et image du Christ entouré par saint Pierre et saint Paul, de l'autre.

Peinture du XVIIième siècle. 

Eglise de Monêtier-les-Bains.Hautes-Alpes

La fortification de l’île continue néanmoins : 

entre 1573 et 1590 par exemple, Sforza Palavicini fait construire la forteresse de Réthymnon.

1628 : Le 25 avril, jour de la Saint-Marc, est inaugurée à Candie la fontaine aux quatre lions dont un aqueduc va chercher l’eau à 15 km sur les pentes du mont Iouktas.

 

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En s’attaquant au XVIIe siècle au domaine colonial de Venise en Méditerranée orientale, les Turcs parachèvent la mainmise ottomane sur les Balkans, en la portant au prolongement le plus méridional de la péninsule. Commence alors pour l’île une lourde sujétion à la Sublime Porte , « soit deux cent quarante-trois ans, sept mois, sept jours d’agonie », comme on peut le lire sur une stèle érigée à La Canée. Mais cette nouvelle occupation allait révéler au monde la force de l’esprit de résistance d’un peuple qui ne compte plus les martyrs tombés pour sa liberté.

1644 : Un vaisseau turc est attaqué par les chevaliers de Malte et le butin vendu à La Canée. Le sultan Ibrahim use de ce prétexte pour intervenir en Crète.

1645 : Les Turcs pillent et brûlent le monastère de Gonia à Kissamos, avant de prendre La Canée à l’issue d’un siège meurtrier de 57 jours. Ils y laissent 20 000 hommes en garnison. On raconte que le commandant des armées ottomanes est exécuté en rentrant au pays pour avoir perdu 40 000 hommes. En s’emparant l’année suivante de Réthymno, les envahisseurs se rendent maîtres de la Crète occidentale.

1647 : Par haine de Venise, des montagnards crétois font bientôt cause commune avec les Turcs.

 

Une aventure singulière, et qui tient du roman, attira les armes ottomanes sur Candie. Six galères de Malte s’emparèrent d’un grand vaisseau turc, et vinrent avec leur prise mouiller dans un petit port de l’île nommée Calismène. On prétendit que le vaisseau turc portait un fils du Grand-Seigneur (Amurat IV, surnommé Gasi, l’Intrépide). Ce qui le fit croire, c’est que le kislar-aga, chef des eunuques noirs, avec plusieurs officiers du sérail, était dans le navire, et que cet enfant était élevé par lui avec des soins et des respects. Cet eunuque ayant été tué dans le combat, les officiers assurèrent que l’enfant appartenait à Ibrahim, et que sa mère l’envoyait en Égypte. Il fut longtemps traité à Malte comme fils du sultan, dans l’espérance d’une rançon proportionnée à sa naissance. Le sultan dédaigna de proposer la rançon, soit qu’il ne voulût point traiter avec les chevaliers de Malte, soit que le prisonnier ne fût point en effet son fils. Ce prétendu prince, négligé enfin par les Maltais se fit dominicain: on l’a connu longtemps sous le nom du P. Ottoman; et les dominicains se sont toujours vantés d’avoir le fils d’un sultan dans leur ordre. 

La Porte ne pouvant se venger sur Malte, qui de son rocher inaccessible brave la puissance turque, fit tomber sa colère sur les Vénitiens; elle leur reprochait d’avoir, malgré les traités de paix, reçu dans leur port la prise faite par les galères de Malte. La flotte turque aborda en Candie (1645),on prit la Canée, et en peu de temps presque toute l’île. (VOLTAIRE)

 

1648-1669 : 

« Megalo Kastro » pour les Vénitiens – marqué par l’héroïque résistance de François Morosini (qui devient par la suite, en 1688, le 108e doge de Venise). 

""Le vizir Achmet Cuprogli mettait toute sa gloire et celle de l’empire ottoman à prendre Candie. 

(Sept. 1669) Ce vizir et Morosini firent donc la paix, dont le prix fut la ville de Candie réduite en cendres, et où il ne resta qu’une vingtaine de chrétiens malades. Jamais les chrétiens ne firent avec les Turcs de capitulation plus honorable ni de mieux observée par les vainqueurs. Il fut permis à Morosini de faire embarquer tout le canon amené à Candie rendant la guerre. Le vizir prêta des chaloupes pour conduire des citoyens qui ne pouvaient trouver place sur les vaisseaux vénitiens. Il donna cinq cents sequins au bourgeois qui lui présenta les clefs, et deux cents à chacun de ceux qui l’accompagnaient. Les Turcs et les Vénitiens se visitèrent comme des peuples amis jusqu’au jour de l’embarquement. 

Le vainqueur de Candie, Cuprogli, était un des meilleurs généraux de l’Europe, un des plus grands ministres, et en même temps juste et humain. Il acquit une gloire immortelle dans cette longue guerre, où, de l’aveu des Turcs, il périt deux cent mille de leurs soldats. 

Les Morosini (car il y en avait quatre de ce nom dans la ville assiégée), les Cornaro, les Gustiniani, les Benzoni, le marquis de Montbrun Saint-André, le marquis de Frontenac, rendirent leurs noms célèbres dans l’Europe. Ce n’est pas sans raison qu’on a comparé cette guerre à celle de Troie. Le grand vizir avait un Grec auprès de lui qui mérita le surnom d’Ulysse; il s’appelait Payanotos, ou Payanoti. Le prince Cantemir prétend que ce Grec détermina le conseil de Candie à capituler, par un stratagème digne d’Ulysse. Quelques vaisseaux français, chargés de provisions pour Candie, étaient en route. Payanotos fit arborer le pavillon français à plusieurs vaisseaux turcs qui, ayant pris le large pendant la nuit, entrèrent le jour à la rade occupée par la flotte ottomane et furent reçus avec des cris d’allégresse. Payanotos, qui négocia avec le conseil de guerre de Candie, leur persuada que le roi de France abandonnait les intérêts de la république en faveur des Turcs dont il était allié; et cette feinte hâta la capitulation. Le capitaine général Morosini fut accusé en plein sénat d’avoir trahi Venise. Il fut défendu avec autant de véhémence qu’on en mit à l’accuser. C’est encore une ressemblance avec les anciennes républiques grecques, et surtout avec la romaine. Morosini se justifia depuis en faisant sur les Turcs la conquête du Péloponèse, qu’on nomme aujourd’hui Morée, conquête dont Venise a joui trop peu de temps. 

Ce grand homme mourut doge, et laissa après lui une réputation qui durera autant que Venise. ""(VOLTAIRE)

 

 

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ESSAI SUR LES MOEURS ET L’ESPRIT DES NATIONS

Siège de Candie. Faux messie.

François Marie Arouet (dit Voltaire)

Musée Carnavalet, Paris. Nicolas de Largillière (1656-1746)

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L’Europe, elle aussi menacée par l’avancée des Turcs (arrêtés à la bataille du Saint-Gothard en 1664), a fini par s’émouvoir du sort de la Crète et a envoyé des volontaires s’y battre contre l’infidèle. Des Français (ils sont plus de 600 en 1668) comme le marquis de Saint-Embrun, le duc de la Feuilllade, le duc de Navailles ou encore le duc de Beaufort, petit-fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées, prêtent ainsi main forte aux habitants de Candie. Le plus souvent, ils se battent sous la bannière pontificale, pour ne pas mettre à mal la traditionnelle alliance du roi de France avec les Turcs. Mais en 1666, Fazil Ahmed Pacha, de la puissante famille de vizirs des Köprülü, vient lui-même diriger le siège, au nom de Mehmet IV. 

À Venise, qui propose au sultan de renoncer à la Crète contre 100 000 livres d’indemnités et le versement d’un tribut annuel, il répond : « Nous sommes venus pour la conquête et non pour le commerce. » 

Le 27 septembre 1669, Morosini finit par capituler, mettant fin à un siège qui a vu la mort de 30 000 chrétiens et de 110 000 Turcs. 

Les Vénitiens peuvent conserver les ports de Grabuse, de Spinalonga (déjà entendu ce nom à Venise! )et de La Suda (les deux premiers sont perdus dès 1692, le dernier en 1745), mais la Crète est désormais bien liée au destin de l’Empire ottoman. Divisée en trois « sandjaks » ( La Canée , Rethymnon et Candie), elle est administrée par un gouverneur civil nommé par la Sublime Porte , représentée sur place par l’agha des janissaires. 

 

1699 : Par les traité de Karlowitz, qui mettent momentanément fin aux luttes opposant la maison d’Autriche et Venise à la Sublime Porte , les Turcs se voient reconnaître définitivement la possession de la Crète.

      Héraclion, la Canée, Rethymnon...

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